Extradition depuis l’Argentine : procédure, délais et rôle de l’avocat
En Argentine, une demande d’extradition passe par un examen administratif du ministère des Affaires étrangères, une phase judiciaire devant le juge fédéral compétent et, si la décision judiciaire devient définitive et autorise l’extradition, une décision finale limitée du pouvoir exécutif national. Le cadre principal est la loi n° 24.767, appliquée avec tout traité d’extradition liant l’Argentine et l’État requérant. Une audience doit en principe avoir lieu dans les 24 heures ; le recours ordinaire contre la décision judiciaire finale doit être formé dans les cinq jours de procédure, mais aucun délai unique ne régit toute l’affaire.
Si vous-même ou un proche avez été arrêté, ne considérez pas une notice rouge d’INTERPOL comme un ordre définitif d’extradition et ne supposez pas non plus qu’une libération intervient automatiquement après le premier mois. Il faut d’abord déterminer si les autorités n’ont demandé qu’une arrestation provisoire ou si la demande formelle d’extradition a déjà été présentée, obtenir le dossier judiciaire et désigner un avocat argentin. Pour les étapes internationales générales, consultez le déroulement d’une extradition, de la demande à la décision finale.
Quelle loi s’applique à une demande d’extradition concernant l’Argentine ?
L’article 2 de la loi n° 24.767 donne priorité au traité applicable pour les questions qu’il régit ; la loi aide à interpréter le traité et complète les points qu’il ne règle pas. En l’absence de traité d’extradition, l’article 3 subordonne l’entraide à l’existence ou à l’offre de réciprocité. L’avocat doit donc identifier l’État requérant et l’instrument exact avant de calculer les délais ou d’évaluer la nationalité, les pièces, la détention et les motifs de refus. Les traités peuvent fixer des règles différentes de la loi, notamment le délai de présentation de la demande formelle après une arrestation provisoire.
Selon l’article 6, le critère général de double incrimination et de seuil de peine exige que les faits constituent une infraction tant en droit argentin que dans le droit de l’État requérant, et que la demi-somme des peines privatives de liberté minimale et maximale atteigne au moins un an. Si plusieurs infractions sont invoquées, une seule infraction satisfaisant ce seuil peut suffire pour les autres ; si la demande vise l’exécution d’une peine, il doit rester au moins un an d’emprisonnement à purger au moment de la demande. Le traité applicable peut modifier cette règle générale : il faut donc le vérifier en premier.
Les pièces formelles comptent autant que le fondement juridique. L’article 4 exige que la demande et les documents joints soient traduits en espagnol ; les documents transmis par voie diplomatique n’ont pas à être légalisés. Pour une personne recherchée aux fins de jugement, l’article 13 exige une description claire des faits (date, lieu, circonstances et identification de la victime), leur qualification juridique, une explication de la compétence du tribunal requérant et des raisons pour lesquelles l’action pénale n’est pas éteinte, une décision judiciaire authentifiée ordonnant l’arrestation et les motifs de soupçonner la participation de la personne, les dispositions pénales et procédurales pertinentes ainsi que les données d’identification connues. L’article 14 prévoit un dossier documentaire différent lorsque la demande vise l’exécution d’une peine déjà prononcée. Une alerte policière ou un résumé informel ne remplace pas les pièces formelles exigées.
| Instrument juridique | Quand s’applique-t-il ? | Point pratique |
|---|---|---|
| Loi n° 24.767 sur la coopération internationale en matière pénale | Cadre national général et règles supplétives | Les articles 2–3 concernent la priorité du traité et la réciprocité ; les articles 19–39 régissent la procédure principale d’extradition passive ; les articles 44–52 traitent de l’arrestation provisoire. |
| Traité bilatéral d’extradition applicable | Lorsqu’un traité en vigueur lie l’Argentine et l’État requérant | Vérifier son seuil de peine, les documents requis, les règles de nationalité, le délai de détention, la spécialité et l’entrée en vigueur. |
| Convention pénale multilatérale pertinente | Lorsque les deux États sont parties et que l’infraction ainsi que les dispositions conventionnelles permettent de l’utiliser | Une convention multilatérale ne peut servir de base conventionnelle que pour les infractions qu’elle couvre et si ses conditions sont remplies ; elle ne dispense pas de vérifier l’instrument applicable à la demande. |
| Mandat d’arrêt européen / Convention européenne d’extradition | Ne constituent pas la procédure ordinaire applicable en Argentine | L’Argentine n’est pas membre de l’Union européenne et le mandat d’arrêt européen n’est pas un mécanisme de remise vers ou depuis l’Argentine. N’importez pas les délais européens et ne présumez pas que la Convention européenne de 1957 s’applique. |
L’Argentine a conclu des traités bilatéraux d’extradition avec plusieurs États. Le ministère public fédéral argentin tient un répertoire des traités, mais une inscription ou une loi d’approbation ne prouve pas à elle seule qu’un traité récemment approuvé est entré en vigueur. Au 26 octobre 2026, la fiche officielle du ministère argentin des Affaires étrangères indiquait que le traité d’extradition Argentine–Chili de 2023 n’était pas en vigueur. Il a été approuvé en droit interne par la loi n° 27.824, adoptée le 27 août 2026 et publiée le 18 septembre 2026 ; l’article 23 prévoit son entrée en vigueur 30 jours après la dernière notification diplomatique. La loi n° 27.807 approuvant le traité Argentine–Pologne a été adoptée le 20 mai 2026 et publiée le 18 juin 2026, mais la date actuelle de son entrée en vigueur n’a pas pu être confirmée dans le registre officiel consulté : ne présumez pas qu’il s’applique sans vérifier les dernières notifications diplomatiques. Il ne faut pas non plus présumer que l’accord d’extradition du MERCOSUR de 1998 est applicable, car le registre public de cette organisation ne fait apparaître aucune entrée en vigueur.
Qui traite le dossier : le juge fédéral, le ministère public ou le gouvernement ?
Il n’existe pas de tribunal national unique de l’extradition. En vertu des articles 21–22, 25 et 46 de la loi n° 24.767, le ministère des Affaires étrangères, du Commerce international et du Culte effectue le contrôle administratif initial et, si la demande est recevable, la transmet à la phase judiciaire par l’intermédiaire du Ministerio Público Fiscal (ministère public fédéral argentin). La compétence territoriale est régie par les articles 111–113 : une demande formelle d’extradition relève en principe du juge fédéral pénal compétent pour le lieu de résidence de la personne recherchée et de permanence au moment de la saisine judiciaire. Si la résidence est inconnue ou se trouve dans plusieurs ressorts, le ministère peut choisir l’un des juges fédéraux concernés ou un juge fédéral de la capitale, à condition qu’il soit de permanence. Le juge saisi d’une demande formelle d’arrestation provisoire connaît aussi de la demande d’extradition ; si l’arrestation provisoire a eu lieu sans intervention judiciaire préalable, le juge fédéral pénal de permanence du lieu de l’arrestation est compétent. Le ministère public représente l’intérêt de l’extradition ; l’État requérant peut également intervenir par des mandataires autorisés.
Le juge décide si les conditions légales de l’extradition sont remplies. La procédure judiciaire n’est pas un procès sur l’accusation pénale étrangère : l’article 30 limite le débat aux conditions légales et conventionnelles pouvant être examinées par le juge et exclut une décision sur la culpabilité de la personne recherchée. La décision judiciaire finale qui déclare l’extradition admissible peut faire l’objet du recours ordinaire prévu à l’article 33 devant la Corte Suprema de Justicia de la Nación (CSJN, Cour suprême de justice de la Nation). Ce n’est qu’une fois la décision définitive que le tribunal transmet le dossier au ministère des Affaires étrangères pour la décision limitée du pouvoir exécutif prévue à l’article 36. À ce stade, l’exécutif peut refuser l’extradition pour les motifs des articles 3 et 10 ou statuer sur l’option du ressortissant dans le cas visé au dernier paragraphe de l’article 12. Si le juge refuse l’extradition, le ministère en informe l’État requérant.
La juridiction précise doit être déterminée selon les articles 111–113 : pour une demande formelle, le critère habituel est le lieu de résidence de la personne recherchée ; en cas d’arrestation sans intervention judiciaire préalable, il s’agit généralement du juge fédéral pénal de permanence du lieu de l’arrestation. Les modalités pratiques dépendent du lieu de l’arrestation. Pour les particularités de Buenos Aires, consultez le guide des tribunaux et de la procédure d’extradition à Buenos Aires ; ce guide ne remplace pas l’explication nationale.
Quelles sont les principales étapes et les délais légaux ?
Le tableau distingue les délais généraux prévus par la loi. Un traité peut fixer une autre durée, et le délai peut courir à partir d’une notification ou de la réception d’un document plutôt qu’à partir du moment où la personne apprend l’existence du dossier. L’avocat doit noter la date, l’heure, l’autorité émettrice et le document correspondant à chaque événement.
| Étape | Autorité | Délai | Action de la défense |
|---|---|---|---|
| Examen administratif | Ministère des Affaires étrangères ; pouvoir exécutif si le ministère identifie un problème d’admissibilité | Les articles 19–24 ne fixent pas de durée maximale unique pour cette étape. | Vérifier le traité ou la réciprocité, la complétude formelle et l’éventuelle application de l’article 20 relatif au statut de réfugié. |
| Première audience après l’arrestation | Juge fédéral compétent | En principe dans les 24 heures suivant l’arrestation, selon l’article 27 ; si l’arrestation provisoire a précédé la demande d’assistance, dans les 24 heures suivant la réception de cette demande. | Demander un avocat, un interprète si nécessaire, l’explication du fondement de la détention et une copie ou une explication de la demande. |
| Correction des pièces formelles | Juge et État requérant, par les voies appropriées | Selon l’article 31, le juge peut suspendre la procédure et accorder au maximum 30 jours calendaires pour corriger les défauts formels. | Identifier la pièce manquante ou incohérente et conserver la décision accordant le délai. |
| Recours contre la décision judiciaire finale | Cour suprême de justice de la Nation (CSJN) | Article 33 : former le recours ordinaire dans les cinq jours de procédure suivant la notification ; selon le guide officiel du ministère public, les moyens sont exposés pendant une période supplémentaire de 10 jours. Le recours est suspensif. | Déposer le recours à temps et suivre le délai ultérieur pour développer les moyens. L’étape exécutive ne commence qu’après que la décision est devenue définitive. |
| Décision exécutive après la décision judiciaire définitive | Pouvoir exécutif national ; délégation possible au ministre des Affaires étrangères | L’article 36 prévoit 10 jours ouvrables à compter de la réception du dossier après le jugement définitif. Sans décision expresse dans ce délai, l’extradition est réputée accordée. | Ne pas confondre ce délai exécutif avec le délai de recours de la défense. |
| Transfert après autorisation définitive | État requérant, en coordination avec les autorités | 30 jours calendaires à compter de la notification officielle, avec une prolongation possible de 10 jours selon l’article 38. | Noter la date de notification et toute prolongation ; prévenir immédiatement l’avocat si le transfert n’a pas lieu dans le délai légal. |
La loi générale ne fixe pas un délai unique qui permettrait de prévoir chaque affaire de l’arrestation au transfert. Le délai de 30 jours pour l’arrestation provisoire, éventuellement prolongé de 10 jours, n’est pas une durée maximale générale de toute détention liée à l’extradition. Avant d’annoncer une durée totale, il faut vérifier le traité concerné et les règles de procédure applicables dans la juridiction fédérale saisie.
Que se passe-t-il si la personne est arrêtée avant l’arrivée de la demande formelle ?
Les articles 44–50 autorisent l’arrestation provisoire dans des situations définies, notamment sur demande formelle, dans certains cas de poursuite transfrontalière et sur la base d’une notice d’INTERPOL émise à la demande d’un tribunal étranger. Une notice rouge est une alerte policière internationale, non une condamnation ni la décision judiciaire définitive d’extrader. Le droit argentin permet néanmoins qu’elle fonde une arrestation provisoire dans les conditions de l’article 44(c), sous réserve de la procédure légale.
Selon l’article 45, une demande formelle d’arrestation provisoire doit comporter les données d’identification, la date et le lieu des faits allégués, leur qualification juridique, la peine pertinente, l’existence d’un mandat d’arrêt judiciaire et l’engagement de présenter la demande formelle d’extradition. La demande est rapidement transmise au juge fédéral compétent, avec avis au ministère public et information du ministère des Affaires étrangères. Dans les cas de poursuite à la frontière visés à l’article 47, la personne doit être libérée si un fonctionnaire diplomatique ou consulaire de l’État voisin ne demande pas le maintien de l’arrestation dans les deux jours ouvrables.
En vertu de l’article 49, le juge doit entendre la personne placée en arrestation provisoire dans les 24 heures et lui désigner un défenseur officiel si elle n’a pas choisi d’avocat. L’arrestation doit cesser si, à première vue, les conditions légales ne sont pas remplies ou si l’identité ne correspond pas. L’article 50 exige la libération — ou la levée des restrictions imposées — si 30 jours calendaires s’écoulent à compter de la communication de l’arrestation à l’État requérant sans présentation de la demande formelle. Sur demande motivée, le ministère peut accorder une prolongation de 10 jours calendaires. Une demande formelle ultérieure peut néanmoins permettre une nouvelle arrestation : la libération au titre de l’article 50 ne constitue donc pas nécessairement un refus définitif d’extradition.
Le délai de 30 jours est la règle interne par défaut, et non un délai universel. Le recueil officiel du ministère public pour 2024–2025 mentionne une affaire concernant le Brésil dans laquelle, dans un avis de 2025, le parquet a considéré que l’article VI(2) du traité bilatéral fixait un délai de 45 jours plutôt que les 30 jours du droit interne. Il s’agissait d’un avis lié à ce traité, et non d’une règle générale de 45 jours : vérifiez le traité applicable avant d’invoquer une libération au titre de l’article 50.
Ne supposez pas que les règles ordinaires de mise en liberté sous caution s’appliquent automatiquement. L’article 26 exclut généralement l’exemption de détention et la mise en liberté sous caution, sauf exceptions expressément prévues par la loi n° 24.767. L’avocat doit vérifier le fondement exact de la détention, le délai prévu par le traité, la réception de la demande formelle et le respect des audiences obligatoires.
Comment se déroulent l’audience judiciaire et le procès d’extradition ?
Lors de la première audience, le juge expose les motifs de l’arrestation et le contenu de la demande, invite la personne à choisir un avocat, consigne ses déclarations et lui demande si elle souhaite consentir à l’extradition après avoir consulté son défenseur. Si elle ne parle pas espagnol, l’article 27 exige la désignation d’un interprète. Le consentement a des conséquences importantes : l’article 28 permet un consentement libre et exprès à tout stade, après quoi le juge peut statuer sans procès contradictoire. Avant de consentir, la personne doit comprendre le traité applicable, les accusations couvertes, la destination et les conséquences possibles pour les poursuites ultérieures. Le consentement à l’extradition n’est pas la même chose qu’une renonciation distincte à la protection de spécialité après la remise.
En l’absence de consentement et si l’affaire n’est pas réglée par une erreur d’identité, un procès judiciaire est nécessaire. La référence de l’article 30 à l’ancienne procédure «juicio correccional» du Code national de procédure pénale doit être lue à la lumière du Code fédéral de procédure pénale (Código Procesal Penal Federal, CPPF) et de l’arrêt de la Cour suprême dans l’affaire Aliaga Reyes, José Luis s/ extradición, FSA 80/2023/CS1, du 23 décembre 2025. La Cour a jugé que le procès d’extradition ne pouvait être omis et que, dans les juridictions où le CPPF a remplacé l’ancien code, la procédure ordinaire du CPPF s’applique avec les adaptations nécessaires. Les audiences obligatoires des articles 27 et 49 de la loi n° 24.767 demeurent applicables. Le CPPF étant mis en œuvre progressivement, l’avocat doit vérifier le régime procédural applicable dans la juridiction concernée.
Le guide officiel du ministère public publié en avril 2026 explique que, dans le modèle accusatoire, le même juge fédéral peut tenir les audiences prévues par la loi, l’étape adaptée de contrôle de l’accusation et le procès d’extradition ; les juges chargés du contrôle examinent certaines contestations incidentes selon le CPPF, tandis que le recours ordinaire spécial devant la Cour suprême prévu à l’article 33 subsiste. Dans le modèle CPPF décrit par le guide, la date du procès est fixée après l’envoi de l’ordonnance d’ouverture au bureau judiciaire ; l’audience ne peut se tenir avant l’expiration de cinq jours ni après trente jours à compter de la réception du dossier par ce bureau. Il ne s’agit pas d’un délai général pour l’ensemble de l’affaire : il faut confirmer la mise en œuvre locale et toute règle conventionnelle applicable.
Le même guide officiel indique que le recours ordinaire de l’article 33 doit être formé dans les cinq jours, conformément aux articles 244 et 254 du Code national de procédure civile et commerciale ; les moyens sont ensuite développés pendant une période supplémentaire de dix jours. Le recours est suspensif. Ce sont des délais de procédure : l’avocat doit les calculer à partir de la notification formelle selon les règles applicables à l’affaire. Ils sont distincts du délai de dix jours ouvrables accordé au pouvoir exécutif par l’article 36.
Le juge de l’extradition ne décide pas si l’accusation étrangère a prouvé la culpabilité. Le contrôle juridique peut porter sur l’identité, les documents requis, la double incrimination, le seuil de peine et les conditions légales ou conventionnelles. En revanche, une objection qui demande simplement au juge argentin de réexaminer les preuves étrangères ou de déclarer la personne innocente sort généralement du cadre du procès d’extradition. Dans Mankevich Lifschitz, Saúl Eduardo s/ extradición, le 22 décembre 2015 (Fallos 338:1551), la Cour suprême a confirmé l’extradition vers le Pérou et expliqué que la double incrimination porte sur la substance des faits, pas nécessairement sur l’identité des intitulés d’infractions dans les deux systèmes. Ce principe doit toujours être appliqué en fonction du traité régissant le dossier et de la jurisprudence ultérieure. Le recueil officiel des décisions de 2024–2025 constitue un point de départ utile pour rechercher les décisions plus récentes et leurs limites.
La nationalité argentine ou le statut de réfugié modifient-ils la procédure ?
Lorsqu’une personne est recherchée pour être jugée, l’article 12 permet au ressortissant argentin de choisir d’être jugé par les tribunaux argentins si sa nationalité argentine existait au moment des faits et subsiste au moment où l’option est exercée. Il ne s’agit pas d’une interdiction absolue d’extrader les ressortissants argentins. Si le traité applicable autorise l’extradition des nationaux, le pouvoir exécutif décide s’il accepte cette option au stade prévu à l’article 36. L’option suppose également que l’État requérant accepte que l’Argentine exerce sa compétence pénale et transmette les éléments nécessaires à une poursuite nationale. Une demande d’exécution d’une peine étrangère déjà prononcée ne doit pas être assimilée à une demande visant un procès au sens de l’article 12.
L’article 20 prévoit une règle distincte pour une personne reconnue réfugiée lorsque la demande d’extradition provient du pays à l’origine de cette protection : le ministère des Affaires étrangères retourne la demande sans autre traitement et explique les motifs qui empêchent son examen. Il faut documenter immédiatement les éléments ayant fondé le statut, l’identité de l’État requérant et tout changement ultérieur de circonstances. Le statut de réfugié ne se confond pas avec une simple demande d’asile encore pendante ; la position juridique exacte exige une analyse individuelle.
Que signifient la remise, la spécialité, le transit et les demandes multiples ?
Une fois l’extradition accordée, le principe de spécialité de l’article 18 empêche en général l’État de destination de poursuivre la personne pour des faits antérieurs différents sans autorisation préalable de l’Argentine. Il limite également la réextradition vers un État tiers sans autorisation argentine. La loi prévoit des exceptions, notamment une renonciation libre et expresse devant une autorité diplomatique ou consulaire argentine avec l’assistance d’un avocat, ainsi que certaines situations liées à l’écoulement de 30 jours calendaires pendant lesquels la personne pouvait quitter le territoire ou à son retour volontaire. Il ne faut pas signer une renonciation sans conseil sur toutes ses conséquences.
Si plusieurs États demandent la même personne, les articles 15–17 confient au gouvernement le choix de la demande prioritaire et énumèrent des facteurs pertinents : relations conventionnelles, dates des demandes, lieu de l’infraction, accès aux preuves, nationalité et résidence de la personne et chances respectives d’obtenir l’extradition. Plusieurs demandes peuvent être traitées. Si une personne extradée par un autre État doit traverser l’Argentine, les articles 57–61 prévoient une autorisation de transit distincte ; pour un trajet aérien, l’autorisation n’est nécessaire que si une escale en Argentine est prévue. Le transit n’est pas une nouvelle demande d’extradition contre une personne trouvée en Argentine.
Que doit faire l’avocat à chaque étape ?
- Immédiatement après l’arrestation : confirmer l’identité et le lieu de détention, demander le fondement de l’arrestation et les documents INTERPOL ou conventionnels, organiser un interprète et veiller à ce que l’audience dans les 24 heures ait lieu.
- À l’arrivée de la demande formelle : comparer la demande au traité applicable et aux articles 13–14, vérifier les traductions et les données d’identité, puis associer chaque délai à son événement déclencheur.
- Avant le procès d’extradition : réunir les pièces juridiquement pertinentes, soulever les défauts de procédure lors de l’audience appropriée et distinguer les questions d’extradition des arguments sur la culpabilité qui relèvent du procès pénal dans l’État requérant.
- Après la décision judiciaire : suivre le recours ordinaire de l’article 33 devant la Cour suprême, son effet suspensif et le délai de cinq jours pour le former, puis surveiller l’étape exécutive de l’article 36 et les conditions propres au traité.
- Avant le transfert : vérifier la décision définitive, le délai de remise, tout report dû à une procédure pénale en Argentine ou à un risque pour la santé au titre de l’article 39, ainsi que les conditions de spécialité à inclure dans la communication diplomatique.
Pour une première consultation, préparez le document d’arrestation ou la convocation, toute notice ou tout mandat, le numéro de la demande ou du dossier judiciaire, le passeport et les preuves de nationalité, les décisions judiciaires antérieures, les documents relatifs au statut de réfugié et une chronologie datée. Conservez les originaux et remettez à l’avocat des copies des communications de la police, du ministère public, des tribunaux, du ministère des Affaires étrangères et des autorités consulaires.
Quelle première démarche effectuer si les faits ne sont pas encore clairs ?
Exemple hypothétique : une personne ayant la double nationalité argentine et étrangère est arrêtée dans un aéroport après une notice d’INTERPOL, mais les agents ne savent pas confirmer si la demande formelle d’extradition a été reçue. L’avocat ne doit pas considérer la notice comme la preuve que la remise est déjà autorisée. La première démarche légale consiste à identifier le juge fédéral et le procureur, obtenir le procès-verbal de détention, demander l’audience et l’interprète prévus par la loi et vérifier par le canal du ministère des Affaires étrangères si la demande formelle a été transmise. Le délai d’arrestation provisoire prévu par le traité doit ensuite être calculé à partir de la bonne date de notification.
Les motifs de refus, la stratégie probatoire, les délais de recours et les voies constitutionnelles ou internationales nécessitent une analyse distincte adaptée au dossier ; consultez le guide pour contester une extradition depuis l’Argentine. Ce guide national ne remplace ni cette page consacrée aux recours ni les informations sur la procédure locale.
Questions fréquentes
Une notice rouge signifie-t-elle que l’Argentine va forcément m’extrader ?
Non. L’article 44 permet une arrestation provisoire sur la base d’une notice d’INTERPOL dans des circonstances définies, mais la procédure formelle d’extradition et le contrôle judiciaire restent nécessaires.
Le juge peut-il me libérer sous caution selon les règles ordinaires ?
Il ne faut pas le présumer. L’article 26 exclut généralement les règles ordinaires d’exemption de détention et de mise en liberté, sauf exceptions expresses de la loi sur l’extradition ; il faut vérifier le traité et le stade exact de la procédure.
Existe-t-il une durée maximale fixe pour toute l’affaire ?
La loi générale ne fixe pas de durée maximale unique pour chaque affaire. La période de 30 jours, prolongeable de 10 jours, concerne l’arrestation provisoire avant la demande formelle ; il faut examiner séparément le traité et les étapes suivantes.
Dans quel délai faut-il faire appel de la décision judiciaire finale ?
Le guide officiel du ministère public indique cinq jours pour former le recours ordinaire de l’article 33, puis dix jours supplémentaires pour exposer les moyens. Le recours est suspensif. Le point de départ et le calcul doivent être vérifiés à partir de la notification officielle et des règles procédurales applicables.
Le tribunal argentin peut-il décider si je suis coupable ?
Non. La procédure d’extradition porte sur les conditions de remise et non sur la culpabilité relative à l’accusation étrangère.
Sources et documents officiels
- Argentine : loi n° 24.767 sur la coopération internationale en matière pénale.
- Ministère public fédéral : Le processus d’extradition dans le système accusatoire, avril 2026.
- Ministère public fédéral : recueil des décisions de la Cour suprême et avis du procureur général en matière d’extradition pour 2024–2025, publié en 2026.
- Cour suprême d’Argentine : recueil jurisprudentiel de 2015, notamment Mankevich Lifschitz, Fallos 338:1551.
- Ministère public fédéral : législation d’extradition et index des traités bilatéraux.
- Ministère argentin des Affaires étrangères : fiche officielle du traité d’extradition Argentine–Chili.
- Argentine : loi n° 27.807 approuvant le traité d’extradition Argentine–Pologne ; l’approbation ne prouve pas à elle seule l’entrée en vigueur.
- MERCOSUR : décision 14/98, accord d’extradition entre les États parties.
- Argentine : loi n° 27.824 approuvant le traité d’extradition Argentine–Chili (adoptée le 27 août et publiée le 18 septembre 2026).
- Argentine : liste officielle des textes modifiant ou complétant la loi n° 24.767.
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